samedi 1 juillet 2017

Article après la diffusion de Nantes



Le monde de Théo* est le témoignage filmé d’une mère qui part à la rencontre de son fils autiste.
Des propositions qui lui ont été faites par les professionnels, aucune n’a trouvé ses faveurs, car toutes présentaient son fils sous un angle déficitaire. Par exemple, on lui a demandé de filmer son fils pour transmettre ses observations. Elle y a consenti jusqu’au moment où elle a réalisé avec culpabilité et colère, que ce qu’on lui demandait la conduisait à l’observer comme un handicapé.
La mère décide alors de s’occuper elle-même de son enfant. Après une période d’échanges sur les réseaux sociaux, elle constate que les conseils se limitent le plus souvent à rectifier les conduites des enfants. Ce n’est pas ce qu’elle recherche, elle veut comprendre son fils. Elle prend le parti de considérer que les comportements inadaptés de son fils sont son seul moyen de communiquer et refuse toute méthode qui viserait à les supprimer. Elle finit par repousser le diagnostic médical, les méthodes et le savoir préconçus qui vont avec. Elle accepte de ne pas savoir pour aller à la rencontre de son fils. Dès lors, elle lui suppose un monde, d’où le titre du film. Il est quelque part. Le savoir n’est pas chez elle. Le savoir, dit-elle, est à extraire des conduites de son fils, même de ses conduites les plus folles.
Elle précise que le film n’est pas une méthode à suivre. Il y a autant de méthodes que de familles. C’est du désir décidé, d’échanger et de découvrir son fils que va naître le désir chez Théo. La naissance du désir chez l’enfant vient toujours du désir d’un autre. Par des allers-retours constants, la mère va construire une passerelle entre le monde de Théo et le monde de la famille, puis avec celui d’autres êtres humains. Les barrières sont pourtant immenses. Le langage l’agresse, son corps n’a pas de limite. Rituels envahissants, refus de parler, crises classiques, automutilations, témoignent des terribles souffrances qu’éprouve l’enfant dans son rapport aux autres, et au morcellement de son corps.
Inventive, curieuse et persévérante, la mère de Théo nous enseigne une clinique hors les normes qui respecte la singularité des êtres parlants, ce dont Théo a pu profiter en se constituant un mode d’existence moins angoissant.

Christophe BALGUERIE 
Psychologue clinicien
SESSAD Vents d’Ouest. Liré et Vallet
Le 29 mai 2017

* La projection a été suivie d’un débat le 18 mai 2017 au cinéma Bonne-Garde à Nantes, en présence de Valérie Gay-Corajoud, mère de Théo.
La réalisatrice, Solène Caron est psychologue clinicienne à Fougères. Ses articles sur l’autisme sont consultables sur le site : http://autistes-et-cliniciens.org/_Solene-Caron_

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